C’est une discussion Zoom interrompue par les enfants de ma cliente qui m’a donné l’idée d’écrire sur l’authenticité. Lorsque ce genre de situation arrive, on ne peut pas se cacher. Il n’y a pas de filtre. Pas de bullshit. La vérité s’expose. Cette authenticité nous transforme de plusieurs façons.

  • En développant notre créativité. Plusieurs entrepreneurs doivent se réinventer et sortir de leur zone de confort. Pour d’autres, c’est l’innovation ou la mort. Je pense à certains de mes clients comme la kinésiologue Dominique Rainville qui s’est revirée de bord pour offrir des capsules vidéos en ergonomie du télétravail. Ou encore à Sylvain Roy de Go RH qui a rassemblé des partenaires pour offrir des outils et services gratuits en créant La Clinique RH. Il y a aussi Jimmy Thériault de Sérénité par le son qui propose maintenant des consultations via Zoom. La crise les a tous amenés à innover.
  • En acceptant d’être vulnérables. Même si les arcs-en-ciel pleuvent, ça ne va pas toujours bien et on accepte d’en parler avec nos clients en toute transparence. Parce que l’on vit tous un combat. La santé mentale des entrepreneurs et de tous les travailleurs est maintenant un sujet d’actualité. Ça ne va pas bien parce que les ventes ont fondu au soleil, parce que les enfants sont difficiles à gérer, parce que je suis seul pendant le confinement. Peu importe la raison, notre vulnérabilité nous rend tous plus humains et attachants.
  • En nous montrant sous notre vrai jour. L’image prend de plus en plus d’importance et nous acceptons qu’elle ne soit pas parfaite. Maintenant, le premier contact avec un client se fait par Zoom, Teams ou Google Meet. Dès les premiers instants, nous avons accès à une partie de l’intimité de la personne, son bureau à la maison ou son set up temporaire. La réunion peut être interrompue par le chien qui aboie ou l’enfant qui a faim. Ce bout de vie personnelle dans le contexte professionnel nous donne l’opportunité d’échanger, de creuser la relation en connectant à un autre niveau.
Mon chien Gougou est heureux du confinement. Il est toujours partant pour une marche.
  • En bouleversant nos habitudes. Ma blonde est maintenant toujours à la maison et je prends goût à partager mes pauses et l’heure du lunch avec elle. Comme je suis toujours disponible pour mon chien, nous marchons et jouons beaucoup. C’est un changement positif dont Gougou ne se plaint pas. Par contre j’ai aussi vécu une situation assez stressante : commencer à donner mes cours au CFP Maurice-Barbeau et au Cégep Limoilou en ligne. C’est une sortie de zone que je redoutais car sur le web on ne ressent pas autant l’énergie de la classe. Et bien sûr, il faut apprendre à maitriser une nouvelle technologie. Le changement était inconfortable, mais nécessaire. D’ailleurs, la majorité des étudiants de la formation continue préfèrent la formule à distance.
  • En acceptant d’être moins performants. Personnellement, même si j’ai été occupé, la motivation était en dents de scie dans les deux derniers mois. Je sentais que ma créativité était affectée par toutes ces mauvaises nouvelles. Comme si l’anxiété collective me gagnait, moi aussi. J’avais peur pour la santé de mes parents, de mes amis. Et la perspective d’une perte de revenu dans les prochains mois plane toujours au-dessus de ma tête. Difficile, dans un contexte où nos repères disparaissent, d’être aussi performants. Nous devons tous accepter que, à certains moments, nous soyons moins productifs. Qu’on le veuille ou non.
  • En revoyant nos priorités. Pour plusieurs, le fait de se retrouver à la maison à entertainer leurs enfants a été salutaire. Ça remet en perspective ce qui est vraiment important dans la vie. Love is all you need comme chantaient les Beatles. Le temps passé dans la voiture pour se rendre au travail s’est transformé en temps de qualité pour soi ou en moments précieux avec les enfants. Certains prendront la décision de travailler moins ou même de changer d’emploi. Cette crise nous a fait décoller le nez de notre réalité en nous permettant de prendre du recul et d’évaluer si notre vie nous satisfait toujours. Sinon, il faut changer quelque chose.
  • En faisant ressortir nos vraies valeurs. Combien d’entreprises ont décidé d’aider les autres sans même y penser, parce que ça fait partie de leur ADN? Combien d’autres ont essayé de profiter de la situation? La valeur d’achat local si longtemps prônée est maintenant une question de survie économique. L’entraide est une nécessité. Et l’authenticité n’a jamais été aussi présente.

Je sais que nous sommes loin d’être sortis de cette situation. Mais une chose est sûre, je suis convaincu que la transformation que nous vivons sera positive à moyen long terme, pour nous, pour la planète, pour les affaires. Parce que nous serons tous un peu plus vrais.

1. Refuser les chercheurs de prix

Lorsque je reçois une demande par le formulaire de mon site web pour un prix, j’exige un appel téléphonique car c’est très difficile de bien cerner les besoins par courriel. Surtout qu’un besoin en cache souvent un autre. Si la personne ne me répond pas et ne veut pas prendre 5 minutes pour discuter, c’est qu’elle n’est pas sérieuse, je n’aurai pas perdu mon temps. Je ne suis pas un gars de one night. Je préfère de loin les relations à long terme.

2. Ne pas prendre la critique de façon personnelle

En tant qu’entrepreneur ou travailleur autonome, il est parfois difficile de séparer le travailleur de l’être humain. Comme dit un collègue de mon club affaires, notre vie est comme un blender, tout est mélangé. Ce n’est pas parce que mon client n’aime pas mon slogan que je ne suis pas bon. C’est mon travail qui est critiqué. Je n’ai qu’à me relever les manches et proposer autre chose sans me sentir attaqué.

3. Avoir les oreilles grandes ouvertes

Un conseil, une critique constructive, un indice sur un besoin futur, on peut apprendre tellement de choses en écoutant pour comprendre. Pas écouter pour répondre mais être 100 % attentif. Souvent la réponse à la problématique de mon client est là, dans ses paroles. Écouter c’est faire preuve d’empathie.

Aimer son travail c’est en bonne partie aimer ses clients.
Photo par Renee Fisher sur Unsplash

4. Choisir ses clients en fonction de ses valeurs

Mais il faut d’abord connaitre ses valeurs, savoir de quelle façon on veut travailler, savoir ce qu’on veut et ce qu’on ne veut pas. Et aussi savoir ce qu’on vaut. Moi je cherche des collaborations à long terme basées sur le respect, l’honnêteté, la créativité et l’efficacité. Il n’y a rien de plus satisfaisant que le coup de foudre professionnel. Avoir le sentiment de vraiment faire partie de l’équipe, de vraiment aider mon client.

5. Respecter ses limites

Si je ne suis pas la meilleure personne pour faire le travail, je propose une autre ressource. Je ne vais pas grafigner notre relation pour un mandat dont je n’ai pas les compétences. Par exemple, je ne fais pas d’animation de médias sociaux, de stratégie marketing web ou de recherche de mots-clés, je connais des collaborateurs qui excellent dans ce que je n’aime pas faire.

6. Pratiquer la gratitude

Je termine chaque courriel par un merci. Parce que je sais que sans mes clients, je ne serais pas payé pour avoir des idées. Je suis heureux de pouvoir compter sur leur confiance. Et je veux qu’ils le ressentent. Je ne les tiens pas pour acquis. Un merci, c’est simple, gratuit et ça fait tellement de bien. Autant à dire qu’à recevoir.

7. Toujours être honnête

La transparence est toujours appréciée, même lorsque c’est de mauvaises nouvelles. C’est important de donner l’heure juste, de facturer les vraies heures travaillées, de livrer dans les temps. La confiance, ça se construit pendant des années, mandat après mandat. Mais elle est fragile. C’est toujours plus long et plus coûteux de trouver un nouveau client que de servir honnêtement celui que l’on a déjà.

8. Communiquer constamment

J’ai appris avec les années à ne jamais rien supposer. Le client ne me rappelle pas, parce qu’il n’a pas aimé ma dernière proposition, donc je ne travaillerai plus jamais avec lui. Non, finalement, il a eu un petit problème de santé et il est très satisfait. Dans le doute, il vaut mieux vérifier l’information et faire un petit suivi. La communication franche demande aussi de prendre le téléphone et de se parler. Un courriel peut avoir l’air distant et froid même si ce n’est pas l’intention de départ. La voix, elle, ne ment pas.

Dernièrement, dans mon club affaires, un de mes collègues a évoqué qu’il se sentait imposteur face à une proposition. Il avait l’impression que d’autres personnes étaient mieux placées pour faire le travail. Puis autour de la table, d’autres ont raconté qu’ils se sentaient imposteurs à l’occasion.

Ceci est tout à fait normal car selon les inventeurs du concept, les psychologues Pauline Rose et Suzanne A. Imes, 60 à 70 % des personnes douteraient à un moment ou à un autre de leur carrière, de la réalité ou de la légitimité de leur succès. OK, je suis normal, mais il me semble que ça m’arrive bien plus souvent que ça. J’imagine qu’en tant que travailleur autonome ou entrepreneur c’est normal de douter.

C’est l’automne et comme moi, vous aurez probablement plein d’opportunités, d’occasions de dire oui ou non. Pour ma part, un gros défi m’attend en novembre. Je dois monter et dispenser 5 cours de 3 h en rédaction web pour la formation continue du Cégep Limoilou. Plus de 20 ans après y avoir étudié, j’y retourne pour enseigner. Mais lorsque l’on m’a proposé le poste, le doute m’a pris. Qui suis-je moi pour dire aux autres comme écrire pour le web? Suis-je assez bon? Est-ce que je maitrise vraiment le sujet? Suis-je la bonne personne?

Toutes ces questions, je me les étais déjà posées. La première fois que j’ai créé un nom d’entreprise. La première fois que j’ai rédigé un billet de blogue. La première fois que j’ai créé la personnalité d’une marque. Vous avez compris le pattern. C’est comme si chaque fois que l’on me considère assez talentueux pour faire quelque chose de nouveau, les gens voient en moi ce que je ne vois pas encore. Comme si après avoir acquis assez d’expérience, je doute quand vient le temps de sortir de  ma zone de confort et d’aller me frotter à la critique. J’ai peur d’être jugé, d’être démasqué.

Mais malgré ça, je me pousse à le faire. À sortir de ma zone. Puis la confiance grandit encore jusqu’à la prochaine sortie de zone.

Par exemple, la première fois que j’ai donné mon cours Créativité et contenu numérique au CFP Maurice-Barbeau, j’avais 94 slides pour un cours de 3 h. Je plains les étudiants dans la salle. Mais en lisant sur le syndrome de l’imposteur je me suis rendu compte que c’était un mécanisme de défense appelé l’overdoing. Il s’agit essentiellement d’investir une très grande quantité d’énergie par rapport à une tâche à accomplir de façon à attribuer le succès à cet effort au lieu des compétences réelles.

Pour en revenir à ma première expérience de formateur, j’avais l’impression d’être sous-qualifié (même après 8 ans à rédiger des sites web). Mais aucun étudiant ne pensait comme ça, au contraire. Aujourd’hui, au lieu de nier la propriété de mes accomplissements personnels (la définition du syndrome de l’imposteur), je me réjouis de pouvoir apprendre des choses à mes étudiants même lorsque je ne me sens pas à 100 % en contrôle de mes moyens.

Bref, j’ai l’impression que je devrai encore me battre avec moi-même pour me libérer du syndrome de l’imposteur. Je me réjouis en me disant que je ne suis pas seul à avoir peur d’être démasqué. Mais démasqué de quoi au juste?

Pour assouvir ma curiosité, je fais constamment des lectures sur les sujets de la créativité, de l’intuition, de la psychologie et de l’innovation. Dernièrement, j’ai lu l’ouvrage scientifique La créativité – psychologie de la découverte et de l’invention de Mihaly Csikszentmihalyi. C’est à lui que l’on doit, entre autres,  le concept du flow. Ce psychologue hongrois a réalisé une recherche pendant 5 ans auprès de 92 personnes reconnues  créatives dans leur domaine : artistes, auteurs, scientifiques, politiciens et entrepreneurs. À travers ses entretiens et observations, il a recensé 10 contradictions dans la personnalité des personnes créatives. Les voici.

Image : Dmitry Ratushny @ratushny

Image : Dmitry Ratushny
@ratushny

Les 10 contradictions de la personnalité créative selon le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi :

  1. Les individus créatifs ont énormément d’énergie physique, mais restent souvent tranquilles, au repos.
  2. Les personnes créatives sont souvent intelligentes et complètement naïves.
  3. La troisième tendance paradoxale concerne un mélange de fantaisie et de discipline ou de responsabilité et d’irresponsabilité.
  4. Les individus créatifs passent alternativement de l’imagination et du fantasme à un sens pratique de la réalité dans le but de se détacher du présent sans se couper du passé.
  5. Les personnes créatives semblent capables de passer de l’introversion à son opposé, l’extraversion.
  6. Les individus créatifs sont aussi remarquablement humbles et fiers en même temps.
  7. Dans toutes les cultures, on demande aux hommes d’être masculins et de réprimer tous les aspects de leur tempérament qui pourraient passer pour féminins. Aux femmes, on demande le contraire.  Les individus créatifs échappent, jusqu’à un certain point, à ces stéréotypes.
  8. Les personnes créatives sont souvent considérées comme rebelles et indépendantes. Pourtant, elles doivent auparavant avoir assimilé les règles propres à un domaine culturel.
  9. Les individus créatifs sont, pour la plupart, passionnés par leur travail, ce qui ne les empêche pas de se montrer  extrêmement objectifs.
  10. Enfin, l’ouverture et la sensibilité des individus créatifs les exposent souvent à la souffrance, mais aussi à de grandes joies.

Je ne sais pas pour vous, mais plusieurs de ces contradictions me rejoignent. Et je suis assez d’accord avec l’auteur lorsqu’il parle des personnes créatives comme des gens avec une personnalité riche et complexe. Maintenant, il ne reste plus qu’à embrasser cette complexité.

 

Source : Mihaly, Csikszentmihalyi. La Créativité – psychologie de la découverte et de l’invention. Éditions Robert Laffont, Paris, 2006, 389 pages.